Du cincle plongeur au brame du cerf : ce que les saisons en Mâconnais révèlent d’animaux emblématiques

04/04/2026

Pourquoi la faune en Mâconnais change-t-elle au rythme des saisons ?

Sur ce territoire, la faune locale s’exprime selon le tempo précis des saisons. Cette évolution n’a rien d’anodin. En Bourgogne du Sud, l’alternance climatique rythme la vie des espèces animales. Les vallons, bocages, vignes et forêts créent une mosaïque d’habitats. Les espèces s’adaptent : certaines migrent, d’autres entrent en léthargie, beaucoup profitent des ressources variables selon les mois. Observer ces cycles, c’est aussi porter attention à l’évolution du paysage et de son équilibre naturel.

Le printemps : floraison, nichées et retours spectaculaires

Le Milan noir, messager du renouveau

Au printemps, c’est le ballet du milan noir (Milvus migrans) qui attire l’attention. Dès mars, plusieurs dizaines de couples reviennent de migration pour nicher dans les vallées du Mâconnais. Ce rapace, désormais protégé, survole les grandes prairies et repère rongeurs, poissons et petits oiseaux. Le milan noir, identifié en vol par sa queue échancrée, profite d’un habitat semi-ouvert, très présent localement (Bourgogne Nature).

  • En Saône-et-Loire, la population nicheuse du milan noir est estimée à plus de 300 couples.
  • Le milan commence à nicher dès avril et reste jusqu’en septembre.

Grenouilles et crapauds : le réveil des mares

La moindre flaque printanière devient scène d’un spectacle discret : le concert des grenouilles et des crapauds. Notamment la grenouille rousse (Rana temporaria), qu’on rencontre dans les forêts humides du Clunisois. Dès les premiers redoux, les tritons ponctués accompagnent ce réveil : ces amphibiens sont des indicateurs de la bonne santé des zones humides.

  • Dans les mares temporaires, la densité peut atteindre 500 individus par hectare lors du pic de reproduction (Observatoire de la biodiversité de Saône-et-Loire).
  • Le crapaud commun, lui, profite de la saison pour parcourir parfois plus de 2 km entre son lieu d’hibernation et la mare de reproduction.

L’hirondelle rustique, ambassadrice du printemps rural

L’hirondelle rustique (Hirundo rustica), reconnaissable à sa gorge rousse et à son vol acrobatique, revient dans les villages du Mâconnais. Elle installe son nid sous les avancées de toits, dans les granges ou les garages.

  • Chaque femelle peut parcourir près de 10 000 km lors de sa migration retour depuis l’Afrique Subsaharienne (LPO France).
  • La ponte débute dès avril : jusqu’à deux nichées par an sont possibles si le printemps est précoce.

L’été : faune visible, mais attention aux heures chaudes

Le cincle plongeur, athlète des rivières fraiches

Peu connu mais présent dans le piémont bourguignon, le cincle plongeur (Cinclus cinclus) est typique de la Grosne et de l’Azé. Ce passereau marron à ventre blanc, fascinant à observer, plonge et marche sous l’eau pour pêcher de petits invertébrés aquatiques. L’été, il est plus facile à voir sur les galets à l’ombre des arbres.

  • Le cincle tolère l’eau très fraiche, souvent entre 8 °C et 15 °C.
  • Il revendique un territoire pouvant atteindre 1 km de rivière linéaire.

La couleuvre à collier : discrète et inoffensive

Ce serpent, bien présent en Mâconnais, affectionne berges, mares, et étangs directement exposés au soleil. La couleuvre à collier (Natrix natrix), reconnaissable à sa marque claire en arrière de la tête, est totalement inoffensive. Elle se nourrit essentiellement d’amphibiens et peut, en période de forte chaleur, parcourir plusieurs centaines de mètres en quête de fraîcheur.

La huppe fasciée, l’exotique locale

En été, sa silhouette orangée et sa huppe relevée tranchent sur les pelouses sèches, pâturages ou vergers. La huppe fasciée (Upupa epops), dont le cri “houpoo-houpoo” résonne à distance, signale parfois sa présence jusque dans les villages. Elle niche dans de vieux murs ou trous d’arbres.

  • Selon la LPO, moins de 200 couples sont recensés sur la Saône-et-Loire, essentiellement dans la partie sud.
  • Son alimentation : invertébrés et larves, souvent repérés à l’odorat.

L’automne : le temps fort des migrations et du brame

Le brame du cerf : une scène sonore en forêt

Dès mi-septembre, les forêts du sud Mâconnais (La Roche Vineuse, Clermain) s’animent au son rauque du brame du cerf élaphe (Cervus elaphus). Ce rituel sonore attire autant les photographes que les curieux. À ce moment, on estime la population du cerf à 700-900 individus sur le département (Fédération Départementale des Chasseurs de Saône-et-Loire).

  • La période du brame s’étend de la mi-septembre à début octobre.
  • Un mâle peut constituer un harem de 5 à 15 biches sur ce territoire fragmenté.
  • Le cri du brame porte jusqu’à 5 km dans des conditions idéales d’humidité et de vent.

La grive mauvis et les nouveaux arrivants du Nord

Dès fin septembre, les mouvements migratoires commencent. C’est le retour des grives mauvis (Turdus iliacus), fuyant le froid scandinave. Elles forment des groupes imposants et picorent dans les prairies ou les vergers, parfois mêlées à la grive litorne. Le Mâconnais, maillon important des couloirs migratoires, voit aussi arriver le pinson du Nord, l’alouette lulu ou la bergeronnette grise.

  • Les recensements nocturnes du réseau ONCFS montrent des passages de plusieurs milliers de grives sur la zone sud-Bourgogne chaque année.
  • La migration s’étale de la mi-septembre jusqu’à décembre selon les espèces.

L’écureuil roux : activité maximale avant l’hiver

L’écureuil roux (Sciurus vulgaris) intensifie son activité de collecte pour les caches d’hiver. Une étude menée par l’ONF sur les forêts du centre-est montre que l’écureuil stocke dès octobre plusieurs centaines de noisettes dans des caches disséminées. Il profite largement des noisetiers et chênes, mais exploite aussi les noyers traditionnels des haies bocagères du Clunisois.

  • Un seul individu peut constituer et mémoriser jusqu’à 1 500 caches différentes (source : ONF, 2022).
  • La survie hivernale dépend de la diversité des espèces végétales disponible sur son secteur.

L’hiver : mode discret, traces et adaptations fascinantes

La chouette hulotte, chanteuse des nuits froides

L’hiver, la forêt bourguignonne révèle une vie davantage nocturne. La chouette hulotte (Strix aluco) entame sa saison de chant dès décembre pour défendre son territoire, bien avant la nidification précoce (fin janvier). La présence de forêts mixtes, boisés résidentiels et parcs, lui permet d’être une habitante discrète mais fréquente du Mâconnais.

  • La chouette hulotte est recensée dans plus de 80 % des carrés étudiés par la LPO en Bourgogne Sud.
  • Son cri caractéristique, appelé tawny owl hoot en anglais, porte jusqu’à 1 km dans une nuit calme.

Le chevreuil paie l’hiver cher

Le chevreuil européen (Capreolus capreolus) reste visible dans les parcelles boisées et sur les franges de cultures. L’hiver, il économise ses déplacements. L’alimentation devient essentiellement lignifiée (bourgeons, écorces, ronces). Sa population dans le Mâconnais, selon les comptages ONCFS, tend à se stabiliser autour de 3 500 à 4 000 individus tout au long de la saison froide.

  • Le chevreuil perd jusqu’à 20 % de son poids corporel entre novembre et mars (source : ONCFS, 2019).
  • Les indices de présence : empreintes bipartites, crottes groupées sur neige.

Le bouvreuil pivoine, éclat d’hiver

Le bouvreuil pivoine (Pyrrhula pyrrhula), à la livrée rouge corail du mâle, fréquente tout l’hiver les haies et lisières. Discret, il devient plus visible à cette saison où il visite volontiers les mangeoires. Le bouvreuil privilégie les graines de charme, d’érable et, parfois, de tournesol lorsque la ressource naturelle manque.

  • L’observatoire participatif “Oiseaux des jardins” (LPO) signale une augmentation de 15 % des observations hivernales dans le Mâconnais sur la décennie 2010-2020.
  • C’est aussi un hôte hésitant : certains hivers peu rigoureux voient moins d’individus ; leur présence indique aussi la rigueur du froid en Europe du Nord (phénomène de "pull-in invasions" selon EBCC).

Comment observer les espèces saisonnières – et où en Mâconnais ?

  • Le Val Lamartinien et la vallée de la Grosne : Idéals pour rapaces estivaux, passereaux nicheurs et milan noir.
  • Forêts humides de Cluny/La Roche Vineuse : Pour le brame du cerf, le cincle plongeur, les chouettes.
  • ZICO bocagères (Zones Importantes pour la Conservation des Oiseaux, infos LPO) : Passage privilégié des migrateurs : grives, pinsons, grue cendrée certains automnes exceptionnels.
  • Mares, bords de Saône et étangs de Verzé/Davayé : Amphibiens, couleuvres, grands rhinolophes (en soirée), hérons bihoreaux.
  • Haies bocagères et vergers en hiver : Pour les frugivores (bouvreuil, grive musicienne), les pics et les passereaux hivernants.

Les associations locales (LPO Saône-et-Loire, Conservatoire d’espaces naturels de Bourgogne) organisent régulièrement des sorties thématiques, accessibles à tous, pour découvrir cette diversité saisonnière in situ.

À retenir : le palmarès vivant des saisons du Mâconnais

Chaque saison redessine la cartographie animale du Mâconnais. Quinze à vingt espèces emblématiques rythment l’année au fil de comportements spécifiques : migrations massives, chants nocturnes, rituels de reproduction ou adaptation discrète au froid. Derrière la beauté de chaque observation se joue l’équilibre subtil d’un territoire vivant, où chaque promeneur, habitant ou visiteur devient témoin de cycles naturels qui dépassent les simples cartes postales viticoles.

Saison après saison, prêter attention à la faune locale permet aussi de mieux comprendre l’évolution du paysage, la santé de la biodiversité et la vitalité rurale du Mâconnais.

Pour aller plus loin : consulter les ouvrages du Muséum d’Histoire Naturelle de Mâcon, suivre les recensements faune-saone-et-loire.org ou participer aux atlas naturalistes LPO.

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