Beaux villages autour de Cluny : patrimoine, paysages et repères viticoles
Cluny occupe une position privilégiée pour parcourir le sud de la Bourgogne. L’ancienne abbaye a marqué l’histoire religieuse et politique de l’Europe médiévale...
07/05/2026
Au cœur du Mâconnais, le souvenir du château des ducs – ou plutôt des comtes, selon les époques – flotte dans les mémoires, presque invisible dans le relief urbain. Ce château, mentionné dès le haut Moyen Âge, se trouvait sur la butte qui domine la Saône, à l’emplacement actuel de l’esplanade Lamartine, à la limite nord du centre historique de Mâcon. Enfance des grandes familles féodales, tournant de l’histoire régionale, lieu d’intrigues et de pouvoirs, le château est aussi le témoin discret d’une influence considérable sur Mâcon et tout son territoire.
Détruit pierre après pierre au cours des siècles, il ne subsiste aujourd’hui aucune tour à admirer ni de véritables ruines identifiables pour le promeneur distrait. Pourtant, certains fragments et surtout la mémoire des lieux, continuent de raconter la puissance d’un édifice stratégique, symbole du Mâconnais médiéval.
Les racines du château remontent probablement à une villa gallo-romaine, transformée dès le VIe siècle, sous l’impulsion des Mérovingiens, en bastion défensif. La première mention formelle d’un “castrum” date de la fin du IXe siècle. À cette époque, la ville de Mâcon, aux marges du royaume de France, doit composer avec les menaces normandes et s’inscrire dans l’ensemble des fortifications défensives établies le long de la Saône (source : Bernard Chevalier, Le Château et la Ville, 1983).
C’est surtout aux Xe et XIe siècles que le château prend tout son relief. Mâcon devient un comté puissant, relevant plus tard du duché de Bourgogne. Le château est alors le siège du pouvoir local, résidence des comtes, puis, après 1239, forteresse du roi de France qui rattache définitivement le Mâconnais à la couronne. Sa position, à la croisée des routes de Bourgogne, du Lyonnais et de la Bresse, en fait une pièce maîtresse du contrôle régional – tant politique qu’économique.
Le château n’est pas qu’une forteresse militaire : il impose la forme de la ville. L’actuelle rue du 11 Novembre, qui grimpe vers la place Lamartine, épouse l’ancien chemin d’accès à la porte fortifiée. Le bâti ancien du secteur conserve, dans ses soubassements et certains murs privés, des remplois de pierres et de moellons issus des anciennes constructions du château (Inventaire Général du Patrimoine Culturel, Région Bourgogne-Franche-Comté).
Durant tout le Moyen Âge, le château est le centre administratif du comté, puis du bailliage royal. On y tient archives, audiences et trésors. En 1526, à la mort du dernier duc de Bourbon, le château devient l’un des fiefs saisis par la monarchie française dans la lutte contre les grands féodaux (source : Bulletin de la Société d’Histoire et d’Archéologie de Mâcon, 2008).
À la fin du XVIIe siècle, avec la pacification du royaume et la centralisation du pouvoir, la forteresse perd son intérêt militaire. Elle est démantelée méthodiquement : les pierres servent à croître ou réparer les édifices de Mâcon ; le quai Lamartine, moderne et confortable, est littéralement bâti sur ses fondations. D’après les archives municipales, au moins 60 % des pierres ont ainsi été réemployées entre 1680 et le début du XIXe siècle.
Aujourd’hui, il reste peu de traces visibles. Quelques pierres sculptées, encastrées dans des bâtiments avoisinants, et quelques caves profondes attestent de la présence de l’ancien château.
| Lieu | Vestiges identifiés |
|---|---|
| Esplanade Lamartine | Fondations intégrées au quai, formes au sol |
| Rue Dombey | Bases de murs médiévaux (sous-sol privé) |
| Musée des Ursulines | Maquette et fragments lapidaires conservés |
Le Musée des Ursulines présente une maquette restituant le château tel qu’il pouvait apparaître vers 1550, avant son démantèlement : une forteresse trapue, dotée de tours massives, ceinte de jardins et flanquée de douves.
Pendant près de cinq siècles, le château fut un lieu de décision majeur, non seulement pour le Mâconnais mais pour tout le sud de la Bourgogne et le nord du Lyonnais. Le comté de Mâcon, par sa position de carrefour fluvial et de verrou entre royaumes, a abrité de nombreuses assemblées, réceptions de souverains ou signatures d’accords locaux.
La division administrative du Mâconnais, à l’origine du département contemporain de Saône-et-Loire, s’est formée autour de fonctions exercées au château. Le bailliage, les archives, la fiscalité locale – tout est géré ici jusqu’à la Révolution, créant une continuité institutionnelle dont la trace perdure dans l’organisation régionale actuelle (source : Jean Richard, Histoire de la Bourgogne, 2010).
Si la pierre a disparu, le château demeure, pour beaucoup de Mâconnais, un mythe fondateur. Il n’est pas rare que les noms de rues – “rue du Vieux Château”, “rue Dombey” – témoignent encore de cette histoire souterraine. L’enseignement local, les visites guidées du centre ancien, évoquent régulièrement cet édifice disparu.
L’architecture castrale de Mâcon a aussi servi de référence à d’autres châteaux de la région, notamment dans le Haut-Mâconnais ou en Clunisois. Les tours rondes, les enceintes épaisses et certains principes de plan d’habitat se retrouvent, par exemple, à Berzé-le-Châtel, Lugny ou encore Pierreclos (Marie-Thérèse Camus, “Châteaux du Mâconnais”, Revue du Musée de Cluny, 1999).
Si le grand public aimerait toucher du doigt un “petit Carcassonne” à Mâcon, c’est la ville même qui porte l’empreinte de ce château disparu : du quadrillage des rues aux mentalités qui valorisent le patrimoine caché, de la mémoire orale aux fonds d’archives précieusement conservés. Le château des ducs de Mâcon, par son absence même, invite à lire avec attention le paysage urbain d’aujourd’hui.
Rappeler l’histoire de cet édifice, c’est aussi comprendre le processus de transformation de nos villes : la manière dont la pierre circule, dont les espaces se réinventent, et dont le passé construit discrètement l’avenir du Mâconnais. Les passionnés, locaux ou visiteurs, n’ont pas fini d’arpenter les rues, à la recherche du moindre indice, fragment ou motif rappelant les fastes d’antan.
Pour aller plus loin, le Musée des Ursulines propose un fonds de plans anciens et des visites guidées thématiques. Quant à la Société d’Histoire et d’Archéologie de Mâcon, elle publie chaque année nouvelles recherches et dossiers sur ce patrimoine invisible qui façonne, encore et toujours, l’identité du territoire.